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paroisse Saint Bruno des Chartreux - diocèse de Troyes

SAINT BRUNO - biographie

, 04:06am

Publié par nicolas derrey

 

1. 7 étoiles :
Songe d’Hugues de Châteauneuf, évêque de Grenoble : il voit en rêve Dieu construisant à sa gloire une habitation dans la solitude de Chartreuse et 7 étoiles qui lui en montraient le chemin.
Alors qu’il s’interroge à ce sujet, on introduit des visiteurs : 7 hommes désirant se vouer entièrement à la contemplation et qui cherchent un endroit désert où s’adonner à cette vocation dans la solitude.
Aussitôt que Bruno, porte-parole du groupe eut formulé sa demande, tous comprennent que Dieu avait fait connaître sa volonté.
En 
juin 1084 Hugues conduit les futurs « Chartreux » dans la solitude d’accès difficile où ils pourront construire avec les matériaux fournis par la forêt environnante une chapelle et de modestes cellules.
Les 7 étoiles des armoiries de l’Ordre commémorent le souvenir de cette histoire des origines cartusiennes.

2. Le fondateur :
Il naît peu avant 1030 à Cologne
Jeune encore, il vient, pour compléter ses études, 
à Reims dont l’école cathédrale attirait beaucoup d’étudiants.
Il y reste une trentaine d’années : en e
ffet, dès 1057, Gervais, l’archevêque de Reims lui confie la haute fonction d’écolâtre, c’est-à-dire la direction de l’école dont il avait été l’élève.
Le jeune maître se trouve ainsi à la tête d’un centre de culture renommé dans toute l’Europe, et ce depuis la fin du siècle précédent.

Les témoignages que ses anciens élèves porteront plus tard sur lui disent l’admiration et la vénération dont il était l’objet, et il exerça manifestement une influence profonde dans l’exercice de sa charge.

Après le décès de Gervais, cependant, Manassès de Gournay réussit à se faire installer sur le siège archiépiscopal de Reims. Il fait partie de ces hommes de cour ou d’épée qui n’avaient aucune vocation sacerdotale, mais revendiquaient les plus hautes dignités ecclésiastiques, par attrait des « bénéfices » attachés à ces dignités.

Il tente, certes, de se concilier l’estime du clergé et nomme Bruno chancelier de la cathédrale, le confirmant dans la direction de toutes les écoles de la ville.

Le scandale est cependant trop grand et, sans redouter les représailles qui s’ensuivraient, Bruno et 2 de ses amis dénoncèrent leur archevêque au synode d’Autun, en 1077. Le légat du pape condamne alors l’archevêque.

Manassès fait alors forcer les maisons de ses accusateurs.

Après différentes péripéties, il se verra contraint par le pape Grégoire VII de rendre à ceux qui l’avaient dénoncé tout ce qui leur avait été enlevé, et finira par être chassé de Reims.

Mais, tandis qu’il lutte pour la justice, le désir mûrît en Bruno d’embrasser un autre genre de vie : quitter les ombres fugitives du siècle pour (se) mettre en quête des biens éternels et recevoir l’habit monastique... Il refuse donc de devenir archevêque de Reims, comme on le lui propose. Mettant ordre à ses affaires, il distribue ses biens aux pauvres et met à exécution le voeu qu’il a fait.

Un premier essai de vie solitaire a lieu dans le diocèse de Langres, à Sèche- Fontaine, près de l’abbaye de Molesme, gouvernée par saint Robert.
2 amis l’accompagnent. Ensemble, ils cherchent à y restaurer la vie érémitique, mais tempèrent, d’une part de vie en commun, la rigueur d’une trop stricte solitude.

Mais ses 2 compagnons choisissent finalement de rejoindre l’abbaye bénédictine de Molesme.
Ne pouvant continuer à vivre en ce lieu la vie qu’il désirait, Bruno se rend à Grenoble pour demander à l’évêque Hugues, dont il avait été le professeur à Reims, de lui indiquer un lieu désert.

3. Au désert de Chartreuse :

Hugues conduit Bruno et ses compagnons jusqu’à l’extrémité de la vallée étroite et entièrement solitaire de Chartreuse.
C’est là, un peu plus haut que la grande Chartreuse actuelle, que se fixent les nouveaux ermites. Une chapelle dédiée à Saint Bruno en perpétue le souvenir.

On est à la Saint Jean de l’été 1084.
Dans cette région si froide de Chartreuse, la saison d’été est propice à l’installation des nouveaux venus.
Des travaux modestes commencent : quelques cabanes de bois indépendantes qui se succèdent autour d’une galerie, une chapelle rustique, et divers locaux destinés aux réunions en commun : disposition qui servira ensuite de modèle pour toutes les Chartreuses.

Plus bas dans la vallée, mais dans une solitude aussi protégée, s’installent les premiers frères convers, 2 parmi les les 7 premiers Chartreux.

C’est à cet endroit (lieu où se trouve encore la Chartreuse actuelle) que se réfugieront les moines, lorsque, le 30 janvier 1132 (31 ans après la mort de Bruno), une avalanche détruira toutes les cellules, à l’exception d’une seule.

Pour l’heure, l’évêque de Grenoble facilite à Bruno la pleine possession de ce désert. Et les nouveaux solitaires peuvent y vivre complètement séparés du monde, dans une retraite légalement inviolable.

4. Du Dauphiné à la Calabre :

Bruno avait sans doute cru trouver en Chartreuse le lieu où il se fixerait pour toujours.
Mais un de ses anciens élèves, le Pape Urbain II, en proie à la division dans l’Eglise du fait de l’anti-pape Clément III, le réclame pour le service du Saint-Siège. On est 
au printemps de 1090, six ans à peine depuis la fondation du Désert de Chartreuse.

L’ordre était formel. Y résister eût été désobéir. Bruno ne se dérobe donc pas, au risque de voir dans un premier temps la communauté se disperser, ses frères estimant ne pouvoir continuer sans lui.

Commentaires à ce sujet d’ A. Ravier, dans son ouvrage, Saint Bruno le Chartreux, pages 128-129 :
« Ce moment de l’existence de Bruno est peut-être celui où se manifeste dans son plus grand éclat sa grandeur spirituelle.» (...) Il lui est demandé de « sacrifier ce à quoi il avait tout sacrifié, de retrouver tout ce à quoi il avait renoncé ». (...)

« Dans la vie de beaucoup de saints, sonne souvent une heure où Dieu leur demande, en un acte d’obéissance ou de foi, de sacrifier leur oeuvre, (...), heure suprême, où l’âme, si elle consent, se trouve contrainte d’accéder au plus haut sommet de la foi de l’espérance et de la charité... Il n’y plus que Dieu seul... aimé purement parce qu’il est Dieu. Devant de telles immolations, on a coutume d’évoquer Abraham sacrifiant de ses propres mains le fils de la promesse, Isaac. Nul doute qu’au moment d’obéir, Bruno ait eu conscience qu’il avait créé pour Dieu une grande chose, un type de vie riche de promesses pour la réforme de l’Eglise, et que son départ de Chartreuse l’anéantissait. »

Heureusement, Bruno parvint à décider assez rapidement ses frères à reprendre leur vie au Désert. Et en septembre, les Chartreux se réunirent à nouveau dans l’ermitage abandonné, sous la direction de Landuin, nommé supérieur par Saint Bruno.

En juin 1090, Urbain II avait dû quitter Rome, tombée aux mains des partisans de l’anti-pape, et se réfugier dans le sud de l’Italie.
Bruno put confier au Souverain Pontife son désir de reprendre le plus tôt possible la vie à laquelle il se sentait toujours appelé par Dieu.

Et Urbain II, lui ayant, vainement, offert l’archevêché de Reggio de Calabre, l’autorisa à vivre de nouveau en solitaire.

Bruno fonde alors un nouvel ermitage, semblable au premier, au diocèse de Squillace, sur les terres d’un prince d’origine normande.
Définitivement retiré à la Chartreuse de Sainte-Marie de La Tour, il eut la joie d’y recevoir la visite de Landuin, son successeur du Dauphiné, venu lui apporter des nouvelles et chercher des directives.

Sentant sa mort approcher, Bruno rassembla la communauté et fit une profession de fois publique, insistant sur la Très Sainte Trinité et sur la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie, protestant de cette façon contre 2 sujets controversés à son époque.

Il mourut paisiblement le 6 octobre 1101.

Voici ce que dirent de lui ses compagnons des dernières années :
« 
Bruno mérite d’être loué en bien des choses, mais en cela surtout : il fut un homme d’humeur toujours égale, c’était là sa spécialité. Il avait toujours le visage gai, la parole modeste ; il montrait avec l’autorité d’un père, la tendresse d’une mère. Nul ne l’a trouvé trop fier, mais doux comme un agneau. »

Et pour ses disciples de Grande Chartreuse :

Il fut un « homme au coeur profond ».

Voici comment Jean-Paul II évoquait l’apostolat des Chartreux dans un message qu’il adressait au prieur général de l’Ordre :
« Dans la retraite des monastères et dans la solitude des cellules, patiemment et silencieusement, les Chartreux tissent la robe nuptiale de l’Eglise. Ils présentent quotidiennement le monde à Dieu et convient l’humanité tout entière au festin des noces de l’Agneau. »

Et, maintenant, quelques lignes encore du Père André Ravier, au tout début de sa biographie de saint Bruno, page 22 :
« Mystère de l’appel que Dieu fait entendre à certaines âmes, vers la vie de pure contemplation et d’amour absolu. Mystère de ces vies cachées, humainement anéanties avec le Christ anéanti. Mystère de cette Prière du Christ, au Désert, pendant les nuits de la vie publique et à Gethsémani, de cette Prière du Christ qui se prolonge, à chaque étape de l’histoire de l’Eglise, dans quelques âmes privilégiées. Mystère de solitude et de présence au monde, de silence et de rayonnement évangélique, de simplicité et de Gloire de Dieu. »

 

Marie-Madeleine Willaume