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paroisse Saint Bruno des Chartreux - diocèse de Troyes

le Grand Carême orthodoxe et sa préparation

7 Mars 2014, 15:12pm

Publié par nicolas derrey

              Le Grand Carême orthodoxe

                  « Un printemps de l’âme »

                                    paques pontigny blog

Cette année, le 4 avril, catholiques, orthodoxes et protestants fêtent Pâques le même jour. Dans l’Aube les fidèles de la paroisse orthodoxe Saint Nicolas et d’une communauté orthodoxes roumaine sont entrés bien avant nous en carême. Comment nos frères orthodoxes se préparent-ils à cette fête majeure ?

 La préparation à Pâques (Triode) se déploie sur dix semaines ! Trois périodes : un pré-Carême de trois semaines, le Grand Carême de six semaines et la Grande et Sainte Semaine (notre Semaine Sainte).

 Le pre-Carême commence avec le dimanche du pharisien et du publicain. Cette première étape peut sembler n’être qu’une introduction au Grand Carême. En réalité elle donne déjà à vivre ce qui fait le cœur de l’expérience spirituelle de la préparation pascale : la conversion spirituelle, la componctionou transformation de notre cœur de pierre en cœur de chair pour un « printemps de l’âme ».  Les thèmes bibliques et les icônes des dimanches de ce pre-Carême formaient d’ailleurs en partie dans les siècles antérieurs le contenu du Grand Carême lui-même. Il s’agit des figures du publicain et du pharisien puis de l’Enfant prodigue et le jugement dernier. « Ouvre-moi les portes du repentir, O Donateur de vie ». Ce chant  domine cette période, dont le troisième dimanche et la semaine précédente dits de la Tyrophagie ou du laitage (les œufs et le lait sont encore permis avant d’entrer dans le jeûne strict) est particulièrement significatif de l’appel à la conversion et au repentir dans l’humilité et la simplicité sans présomption spirituelle. On y entend le récit de la transgression d’Adam et Eve que Dieu n’abandonne pas à leur sort de pécheur. Aussi la prière eucharistique en ce dimanche est-elle celle de Saint Basile en écho, entre autres à ce récit : « …Adam ne t’a pas écouté, toi son vrai Dieu, son Créateur, et, séduit par la ruse du serpent, il s’est donné la mort par ses propres péchés ».

 Mais nous voici appelé « en ce carême commençant » au retour à la Vie Véritable plus encore qu’au paradis perdu. L’anaphore de Saint Basile continue en ces termes : « Alors dans ton juste jugement, mon Dieu, tu l’as banni du Paradis pour le placer en ce monde, et tu l’as fait retourner à cette terre d’où tu l’avais pris, tout en disposant pour lui le salut par une seconde naissance, en ton Christ lui-même. »

La deuxième ode du grand canon de Saint André de Crète (chanté à l’office par parties successives lors de la première semaine et le jeudi de la quatrième semaine du Grand Carême,  puis d’un seul tenant au jeudi de la cinquième ; des familles en font leur prière de carême à la maison)  développe le thème : au repentir d’Adam le Seigneur répond en le revêtant, lui et son épouse, des nouvelles tuniques de peaux, car « le péché a dévasté la beauté de l’âme d’Adam et, traînant la tunique de sa chair dans la boue ». Adam en vient à confesser : «  j’ai souillé, O mon sauveur, ton image et ta ressemblance ».

 Ce même dimanche, appelé aussi du pardon, les paroissiens, les moines et moniales « déposent leur rancune » pour un pardon mutuel des fautes commises par inadvertance ou volontaires. Après les vêpres, le prêtre demande pardon à la communauté, puis chaque paroissien s’avance devant lui, se prosterne et dit : « Pardonne-moi et prie pour moi». Chacun se place à côté du prêtre, afin d’échanger le même pardon avec ses frères. Les métanies, c’est-à-dire les prosternations front à terre en direction des quatre points cardinaux, sont en ce jour particulier comme la confession de l’œuvre de la miséricorde divine annoncée à la Création tout entière.

 

Dès le soir de ce dimanche du pardon commence le Grand Carême proprement dit. Le lendemain, c’est le lundi pur :

« Commençons ce carême dans la joie, rayonnant des préceptes du Christ notre Dieu, dans la lumière de la charité et l’éclat de l’oraison, dans la pureté de cœur et l’énergie des forts, afin de nous hâter noblement, le troisième jour, vers la sainte résurrection, qui répand sur l’univers son immortelle clarté » (lundi matin à l’orthos ou matines de la première semaine).

 Les cinq semaines et dimanches du Grand Carême se présentent alors. Les thèmes peuvent nous étonner, nous, latins, mais ils faut comprendre que l’Eglise orthodoxe a pour ainsi dire, au fil des dimanches et des semaines liturgiques du Grand Carême, voulu donner en exemple aux fidèles le témoignage des saints qui montrent le chemin du repentir et du combat spirituel, chacun selon sa vocation, ses charismes et sa mission ecclésiale. Les saints défenseurs des icônes, Grégoire Palamas, Jean Climaque, Marie l’Egyptienne et par dessus tout la Croix du Sauveur. C’est sur ce même chemin de conversion et de sainteté que les fidèles se sont engagés dès le pre-Carême à travers le contenu de ses semaines et dimanches.

 Le premier dimanche est celui « de l’Orthodoxie ». Les regards se tournent vers l’exemple de ceux et celles à qui l’on doit la victoire de la foi orthodoxe sur l’iconoclasme. C’est la célébration « du rétablissements des saintes icônes advenu sous le règne de Michel, empereur de Constantinople et de sa mère Théodora, d’éternelle mémoire et sous le pontificat du saint patriarche et confesseur Methode. »  Le synaxaire, livre qui contient en abrégé la vie des saints, en fait le récit à l’office de l’aube, puis il fait mémoire du Concile de Nicée II où les Pères, cinquante ans auparavant, réhabilitèrent les saintes images.  Ainsi, purifiant son regard par le jeûne, prenant exemple en ce carême sur ces témoins de la foi et vénérant l’icône du visage ou de la croix du Christ plutôt que de sacrifier aux idoles de toutes sortes, le fidèle est conduit vers Pâques en magnifiant l’amour de son Seigneur. Les icônes attestent en effet que « le Christ s’est montré à nos yeux non comme une pure apparence, comme le croient les Manichéens, mais en la réalité de la chair dont la nature nous conduit vers ton amour » (aux Laudes du dimanche).

 Le deuxième dimanche de saint Grégoire Palamas. Ce dimanche, à la Sainte Liturgie, est toujours proclamé la guérison du paralytique porté et descendu par le toit (Marc 2, 1-12), comme dans les Eglises catholiques orientales qui, elles, ne font pas mémoire de saint Grégoire Palamas.

L’Eglise orthodoxe célèbre et montre en exemple ce saint théologien pour sa contribution théologique fondamentale précisant le mode de notre déification selon la spiritualité hésicaste. Le synode orthodoxe de Constantinople a adopté cette doctrine en 1351. C’est une compréhension de la vie spirituelle, de la connaissance de Dieu et de notre déification attachée à l’expérience de l’union à Dieu qui, au delà de tout, « Abîme inconnaissable », se donne pourtant lui-même dans une relation réelle avec nous mais par la seul offre de ses dons gracieux, ou énergie divines incréées de Père, Fils et Esprit-Saint. Catholiques et orthodoxes divergent encore quant à la compréhension du Dieu trinitaire s’offrant lui-même en son Verbe et son Esprit, le Don en personne par excellence. Une chose est certaine : qui veut comprendre l’Eglise orthodoxe et l’aimer, doit de toute façon connaître Grégoire et comprendre ce qu’il a voulu réfuter chez nous. Les fidèles orthodoxes magnifient en ce dimanche l’œuvre du Seigneur en ses énergies divines incréées aux quelles il leurs est donné de participer selon la vision palamite. Notre carême à tous,  vécu dans l’élan de notre repentir sincère et porté par la foi et la prière des frères, sera comme pour le paralytique, le beau fruit de notre rencontre du Seigneur dans son amour agissant en nous.  

 Le troisième dimanche de la Vénération de la Sainte Croix. L’Evangile est la suite de la première annonce de la Passion, l’appel à prendre sa croix et à suivre Jésus et l’incompréhension de Pierre. Prières et textes divers rappellent que le jeûne est participation à la croix du Seigneur. Ecoutons le Père Alexandre Schmemann :

 « Lors de la Vigile de ce jour, après la Grande Doxologie, la Croix est apportée en procession solennelle au centre de l'église et y demeurera toute la semaine durant – il y aura un rite spécial de vénération à la suite de chaque office. Il est remarquable que le thème de la Croix qui domine l'hymnologie de ce dimanche est développé en termes non pas de souffrance mais de victoire et de joie. Plus encore, les chants donnant le thème (hirmoi) du Canon du dimanche sont issus de l'Office Pascal – "Le Jour de la Résurrection" – et le Canon est une paraphrase du Canon de Pâques. La signification de tout ceci est claire. Nous sommes à la mi-Carême. D'un côté, l'effort physique et spirituel, s'il est effectué de manière sérieuse et constante, commence à être ressenti, son fardeau commence à être pesant, notre fatigue plus évidente. Nous avons besoin d'aide et d'encouragement. » (Le Grand Carême).

 Le quatrième dimanche de Saint Jean Climaque. Né vers l’an 570. A l’âge de seize ans, il entra au monastère du Sinaï. A trente-cinq ans, Saint Jean partit comme ermite au pied du Mont Sinaï. Il y passa quarante ans. Il écrivit la célèbre « Échelle des vertus ». En grec « climax » signifie « échelle », d’où son nom. Les degrés de « L’échelle » sont une voie vers la perfection de l’amour.

Le Dimanche précédent l’Evangile appelait à la suite du Christ : "Si l'on veut venir à Ma suite, il faut renoncer à soi-même, prendre sa croix, et Me suivre ainsi" (Mt 16,24). Saint Jean Climaque est par sa vie et son enseignement le guide de tout disciple de Jésus.

Le cinquième dimanche de Sainte Marie l’Egyptienne. La liturgie célèbre la mémoire d’une femme de mauvaise vie qui est devenue l’un des exemples les plus remarquables de conversion et de pénitence de toute l'histoire des Eglises : Marie l’Egyptienne. Elle vécut au Vème siècle en Palestine.  Le jeudi de la semaine écoulée le récit de sa vie est lu pendant l’office du Grand Canon de saint André de Crête. Avec Saint André elle intercède pour les pécheurs sur le chemin de conversion vers Pâques.

La sixième semaine est rappelée la marche de Jésus vers Béthanie. Le vendredi, veille du Samedi de Lazare, est le dernier jour du Grand Carême et la veille du Dimanche des Rameaux.

 L’intercession de la Vierge Marie, Mère de Dieu revient constamment. Elle est homogène à l’ensemble des prières aux Offices et lors de la Divine Liturgie. Marie, la Toute Sainte, intercède pour les fidèles qui désirent ouvrir leur cœur par le repentir, afin que l’Esprit restaure en eux la beauté à la ressemblance du Verbe incarné, comme en témoigne chaque théotokion (prière ou tropaire à la Mère de Dieu) :

 « Racine ayant fait croître Dieu comme fleur, arche d’alliance, chandelier et tabernacle doré, table sainte où reposa le pain de vie, intercède auprès de ton Fils, notre Dieu avec le saint Précurseur, pour qu’il accorde la grâce du salut à ceux qui te reconnaissent comme Mère de Dieu »

(Mardi matin à l’orthos ou matines, 2ème théotokion).

 

Aux matines du Samedi est célébré l'office avec l’hymne Acathiste à la Mère de Dieu. En voici un  extraits :

 

Portant le Seigneur dans son sein, Marie partit en hâte chez Élisabeth. Lorsqu'il reconnut la salutation de Marie, l’enfant se réjouit aussitôt, bondissant d’allégresse comme pour chanter à la Mère de Dieu :

Réjouis-toi Jeune pousse au Bourgeon immortel


Réjouis-toi Jardin au Fruit qui donne Vie


Réjouis-toi en qui a germé le Seigneur notre Ami


Réjouis-toi tu as conçu le Semeur de notre vie

Réjouis-toi Champ où germe la Miséricorde en abondance


Réjouis-toi Table qui offre la Réconciliation en plénitude


Réjouis-toi tu prépares l'Espérance du Peuple en marche


Réjouis-toi tu fais jaillir la Nourriture d'Éternité

Réjouis-roi Parfum d'une offrande qui plaît à Dieu


Réjouis-toi en qui tout l'univers est réconcilié


Réjouis-toi Lieu de la bienveillance de Dieu pour les pécheurs


Réjouis-toi notre assurance auprès de Dieu

Réjouis-toi Épouse inépousée !

Alléluia, alléluia, alléluia !

 

Prière de saint Éphrem le Syrien

 

« Seigneur et maître de ma vie, ne m’abandonne pas 
à l’esprit d’oisiveté, d’abattement, de domination et de vaines paroles.
Mais accorde-moi l’esprit d’intégrité, d’humilité, 
de patience et d’amour, à moi ton serviteur. Oui, Seigneur roi, 
donne-moi de voir mes fautes et de ne pas juger mon frère, 
car Tu es béni dans les siècles des siècles. Amen. »
Cette prière est attribuée à saint Éphrem, moine et poète Syrien, au IVe siècle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                         

                                 

 

 

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